Vie de Saint Victrice

Saint Victrice, (+ 407 ?),

Archevêque de Rouen

Fête le 7 août

Saint Victrice est né dans la première moitié du 4ème siècle, vers 330, sur les frontières de l’Empire Romain. Sa famille était illustre et il fit des études de lettres avant de s’engager dans l’armée, comme Saint Martin, son futur ami. Il y servit plusieurs années, la religion chrétienne était alors en honneur dans l’armée romaine. Les vieux soldats du premier empereur chrétien, Constantin le grand, racontaient la merveilleuse apparition de la croix qui leur avait annoncé la victoire sur les bord du Tibre lorsqu'ils marchaient contre l’armée païenne de Maxence. Dès lors la croix avait figuré dans les enseignes.

Mais voici qu’au fils de Constantin, Constance, succède, en 360 Julien l’apostat. Julien après avoir renoncé à la religion chrétienne pour retourner au culte des idoles, mit une grande énergie à combattre le christianisme. On sait qu’il voulut plusieurs fois imposer aux soldats de son armée d’offrir des sacrifices aux idoles. A cause de cela et aussi parce que son temps militaire se terminait, saint Victrice voulait quitter l’armée et se consacrer désormais au service de Dieu.

Un jour de revue militaire, quand le tribun passa devant lui, Victrice s’avança et dit en jetant ses armes par terre : « Je suis chrétien, et je demande mon congé car je veux désormais me vouer à la paix et la justice chrétienne. »

Le tribun était païen et prit cette démarche comme une protestation contre les édits de l’empereur. Séance tenante, il fit flageller le soldat et quand saint Victrice ne fut plus qu’une plaie on le jeta dans un cachot où il resta de longues heures allongé à même le sol ; cela ne lui enleva pas son courage et comme il ne voulait pas apostasier, il fut condamné à mort.

En allant sur le lieu du supplice, le bourreau raillait saint Victrice en passant sa main sur son cou, il lui disait : « Nous allons couper cette tête. Quelle folie de se laisser ainsi tuer pour un Dieu que les juifs ont crucifié ! » Le pauvre homme n’avait pas fini sa phrase impie, qu’il devint aveugle !

Un autre miracle suivit de près celui là. Le geôlier avait tellement serré les chaînes qu’elles entraient dans les chairs du condamné. Saint Victrice pria les soldats qui l’accompagnaient de les desserrer un peu ; ils s’y refusèrent. Alors il se mit à invoquer à haute voix le secours de Jésus Christ et aussitôt les chaînes tombèrent d’elles mêmes. Saisis, les soldats n’osèrent tuer un homme que le ciel protégeait si visiblement. Ils revinrent sur leurs pas pour raconter cela au tribun qui, ayant constaté par lui même les faits devint l’ami de Saint Victrice et le fit renvoyer libre.

Saint Victrice, sa liberté retrouvée, partit se former dans un monastère, sans doute à Ligugé, près de Poitiers, sous la direction de Saint Hilaire et de saint Martin.

Il fut un grand évangélisateur dans la Gaule-Belgique (Artois et Flandre). Beaucoup reçurent le baptême par lui. Il évangélisa la région des Morins et celle des Nerviens (du Boulonnais à la Flandre jusqu'au Hainaut). Grâce à lui, écrit Saint Paulin de Nole, brigands et barbares voyaient s'établir parmi eux des églises et des monastères zélés pour la louange divine. Il semble bien qu'au temps de saint Omer, au VIIème siècle, la semence était étouffée et qu'il fallut reprendre tout le travail.

Quelques années plus tard, il devint archevêque de Rouen (vers 386) et se lia d’une affection profonde avec ses confrères saint Martin, saint Ambroise, Saint Paulin de Nole. Il existe encore une correspondance qui témoigne de cette amitié fraternelle.

Un jour, à Chartres, alors que saint Martin s’y trouvait accompagné de saint Victrice, un habitant amena au saint évêque sa fille qui était aveugle de naissance, le suppliant de la guérir. « Adressez vous à l’évêque de Rouen, lui répondit saint Martin, il est plus capable que nous de vous obtenir ces merveilles. » Mais Victrice non moins humble que son collègue joignit ses instances à celles du père pour que Martin fit le signe de la croix sur les yeux de l’enfant. L’évêque de Tours céda et l’enfant fut guérie.

En 396, Saint Victrice se rendit en Grande-Bretagne, appelé par les évêques. Au retour il eut la joie de présider l'entrée triomphale à Rouen des reliques envoyées par saint Ambroise de Milan. « Journée solennelle et quasi divine où il semblait que Dieu lui-même visitât son peuple avec le cortège de ses saints !... » Saint Victrice vint jusqu'à Pontoise, semble-t-il, à la limite de son diocèse, au-devant des reliques qui arrivaient d'Italie, restes merveilleux de corps sacrés qui allaient rendre à la ville la joie et la santé et l'appeler à une nouvelle existence. « Comme émotion des âmes, comme sincérité d'allégresse, comme multitudes humaines, l'entrée des saintes reliques dépassait tous les spectacles et toutes les cérémonies que la Gaule avait encore vus, même l'approche d'un empereur avec son escorte de cuirassiers et le flamboiement de la pourpre de ses dragons. Autour ou en arrière de l'évêque se montraient en rangs pressés tous les ordres sacrés, ceux que Dieu lui-même avait marqués de son empreinte : les prêtres placés suivant leur grade, les veuves chères entre toutes à l'Église, les vierges dans l'habit immaculé de leur consécration, portant à tour de rôle le glorieux insigne de la croix, les enfants attachés au pieux service du culte, puis les confréries de jeunes gens qui avaient fait vœu de chasteté, et l'armée innombrable des moines au sombre costume et au visage émacié. Et de tous ces groupes qui se succèdent les chants montent en rafales vers le ciel. »

Déjà on lui avait envoyé les reliques des Saints André, Luc, Agricol, Gervais, Thomas, Protais. La nouvelle châsse en contenait plus encore. Il y avait des reliques des saints Jean Baptiste, Procule de Bologne, Antonin de Plaisance, Saturnin, Trajan de Macédoine, Nazaire de Milan, Alexandre, Daty et Chindé, et des saintes : Léonide, Rogale, Anastasie, Anatolie.

Alors Saint Victrice fit construire à Rouen une nouvelle Eglise pour y placer honorablement ces précieuses reliques. Quand ce fut fait, il fit un grand discours où il exhortait le peuple à considérer les martyrs comme ses protecteurs : « Il nous faut, dit-il, embrasser dévotement ces précieux restes des supplices et y chercher, comme l’hémorroïsse à la frange du manteau du Sauveur, la guérison de nos plaies…. pour moi, soldat éprouvé par des années, vieilli dans les combats, les fatigues et les veilles, je n’estime la vie présente que dans ses rapports avec l’éternité et je ne me crois jamais plus riche que lorsque j’ai les mains chargées des reliques des saints… la demeure de ces bienheureux est dans le ciel ; mais ils sont ici comme des hôtes à qui nous pouvons porter nos prières. » Et il déclarait encore que les petits fragments de leurs restes aussi bien que des parties plus considérables peuvent être l’instrument de nombreux miracles.

En 404, le pape Innocent 1er adressa à Saint Victrice une importante décrétale sur divers point de discipline au sujet desquelles l’évêque de Rouen l’avait consulté. En même temps il le chargeait de communiquer cette lettre aux autres évêques.

Saint Victrice mourut en 407, son tombeau fut source de miracles et resta en grande vénération à Rouen.

Au milieu du 9ème siècle, pour soustraire ses reliques aux dévastations des pirates normands, on les transporta au château-fort de Braine, à quatre lieues de Soissons. Elles y furent conservées jusqu’à la révolution, c’est à dire en 1793 où heureusement elles purent échapper à la destruction. Mais ce n’est qu’en 1865, les 16 et 17 octobre que le cardinal de Bonnechose, archevêque catholique romain de Rouen procéda à la translation des reliques de saint Victrice, dans une belle châsse en cuivre doré, ornée d’émaux et de pierres fines, en l'église Saint Gervais.